L'historique

L’Origine :

« Donner la parole aux exclus »


L’association « Moderniser Sans Exclure » a été fondée en 1990 par Marie LE GALL, sociologue influencée par PAGES, ayant une expérience associative de communication et par le professeur Bertrand SCHWARTZ, ingénieur, Directeur de l’Ecole des Mines de Nancy, fondateur d’un centre de formation continue, auteur d’un rapport sur l’emploi des jeunes et animateur de la mission Nouvelles Qualifications. C’est à cette occasion qu’il est amené à faire parler des ouvriers au chômage et des jeunes en difficulté et qu’il a l’idée d’utiliser l’outil vidéo pour filmer les situations d’apprentissage dans le but d’améliorer la pédagogie.

Tous deux sont frappés par la créativité des petits groupes pour trouver des solutions aux problèmes qu’ils rencontrent. Ils remarquent aussi la fréquence du préjugé selon lequel les personnes « de la base » n’ont rien à dire, voire ne pensent pas, sont dépourvues de capacités de réflexion.

Ils pensent que « la première exclusion est celle de la parole ». ils estiment donc qu’il faut valoriser celle-ci, montrer que ces personnes ont du potentiel, les aider à passer d’une parole individuelle à une parole collective pour mieux refuser la fatalité.

Ils estiment aussi que les logiques institutionnelles amènent les responsables à ne pas savoir écouter « la base », voire à la mépriser. Celle-ci du coup ne s’exprime pas devant eux.

Ils ont alors l’intuition qu’il faut montrer la parole de ces gens aux responsables pour qu’ils écoutent en s'appuyant sur l'idée que, les personnes de faible niveau de qualification, les habitants des quartiers sensibles, les exclus de la richesse nationale « peuvent nous en apprendre plus que ce que nous croyons et en savent plus que ce qu’ils croient eux-mêmes ».

Moderniser Sans Exclure souhaite ainsi établir des liens entre les responsables et la société civile, et amener le plus grand nombre de personnes à prendre conscience du fait que les responsabilités sont globales et collectives.

La valorisation d’une parole qui est habituellement rejetée ou disqualifiée déstabilise le fonctionnement habituel d’une institution. Elle contribue à réintroduire tous les acteurs dans le jeu normal en étant reconnus comme interlocuteurs. C’est à travers ces possibilités nouvelles d’échanges que peut se co-construire progressivement un autre mode de fonctionnement.

L’utilisation de la vidéo facilite le travail sur l’expression, l’engagement, le changement, l’apprentissage, la recherche de solutions, leurs mises en valeur et leur écoute. Les films réalisés mettent en évidence l’écart entre la réalité du terrain et les intentions des concepteurs des dispositifs.

L’expérience montre que les vidéos peuvent changer les représentations négatives implantées dans les esprits de tous, acteurs sociaux et exclus eux-mêmes. A travers cette pratique, il s’agit de réintroduire de l’écoute, du lien interhumain, d’apprendre à tenir compte de l’autre. L’interpellation et l’explication réciproques sont formatrices et produisent du changement. Mais il ne faut pas perdre de vue que les uns et les autres ont à la fois envie et peur du changement. Il va falloir gérer cette ambivalence.

Cette contribution au débat sur l’insertion et à la lutte contre l’exclusion est non seulement humainement riche et fructueuse, mais économiquement nécessaire et efficace : elle permet de modifier les représentations et catégorisations a priori fausses ou négatives, dures ou complaisantes et grâce à cette meilleure compréhension, d’accroitre l’efficacité des dispositifs imaginés.

Il s’agit d’une pédagogie du changement, s’appuyant sur la capacité des gens à trouver des solutions ensemble : elle oblige chacun à mieux comprendre qui il est et où il va.

Moderniser Sans Exclure Rhône-Alpes a été fondée sur ce modèle en 1995.

La démarche historique :

« l’auto médiatisation »


Moderniser Sans Exclure expérimente une démarche de communication sociale différente de celle pratiquée par les médias et la publicité. Celle-ci se veut distincte de la communication interindividuelle et de la communication de masse en ce qu’elle a lieu entre groupes au sein d’une relation de pouvoir.

Dans un premier temps, Moderniser Sans Exclure propose, selon une commande publique, une volonté associative, ou d’entreprise, avec l’accord des décideurs (employeurs et/ou élus) de réaliser, en partenariat ou en maîtrise d’œuvre, un document vidéo dans lequel des groupes de personnes volontaires peuvent témoigner librement de leur expérience et porter un regard collectif sur l’évolution de leur situation, les solutions communes qu’ils inventent.

Les personnes qui acceptent de s’engager dans un travail, qui se déroule sur plusieurs semaines, définissent elles mêmes les thèmes à traiter et les destinataires du film au regard du projet existant ou à créer.

L’animateur se centre sur l’expression des participants et n’intervient pas sur le fond. C’est le principe de l’« auto médiatisation ». Par l’écoute active, en suscitant la parole, en la stimulant, en la recueillant, les débats en groupe permettent aux individus d’oser s’exprimer, de se dépasser et de faire ainsi progresser leurs points de vue, de le confronter entre origine et logiques différentes et de faire émerger puis produire une parole collective libre et responsable sous forme de vidéo.

Une fois les témoignages recueillis, le groupe auteur sélectionne en vue de montage les séquences les plus significatives. Celles-ci préfigurent le pré montage du film. La responsabilité de leur parole prend alors toute sa mesure.

L’étape suivante consiste, en présence ou non du groupe auteur du premier montage, à présenter le film aux destinataires proches. Ceux-ci écoutent et réagissent aux remarques et positions et disent en quoi elles influent sur leur manière de travailler. Cette mise en exercice – dire de là où je vois – confortée, voire confrontée par l’écoute permet d’instaurer un dialogue constructif. La discussion qui s’instaure est filmée.

Ensuite, l’expression du groupe destinataire est soumise à auto-validation selon les mêmes principes que précédemment, ces échanges s’ajoutant au premier document.

Une dernière étape peut éventuellement être programmée pour réaliser la rencontre entre les deux groupes si celle-ci n’a pas eu lieu à l’étape précédente. Elle peut alors également donner lieu à un film.

Avec l’accord de tous les participants, un document final capitalisé est diffusé sur le même principe à des acteurs de plus en plus distincts de l’action et devient le support d’une connaissance originale qui permet une réflexion collective étendue à de larges publics.